Ce que dit Renaud Capuçon, le jeune violoniste français au sujet de la nécessité de connaître l’anglais
pour un jeune musicien
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En décembre 2001, Pizzicato avait présenté le CD 'Le Bœuf sur le Toit' avec
Renaud Capuçon comme CD du mois, lui attribuant son 'Excellentia Award'. En
décembre, Renaud Capuçon était aussi venu à Luxembourg pour un récital de
violon organisé par l'Association Victor Hugo. A ce moment, nous avions fait
une interview avec le jeune violoniste français que nous publions ce mois-ci à
l'occasion du lancement d'un CD Ravel interprété par lui, son frère Gauthier au
violoncelle et Frank Braley au piano, CD ayant décroché le 'Supersonic Award'.
Autre fait d'actualité: le 8 mars, les frères Capuçon jouent à Luxembourg le
Double Concerto de Johannes Brahms, avec l'Orchestre Philharmonique de Liège.
Voici l'interview faite par Rémy Franck.
Monsieur Capuçon, en vous voyant jouer j'ai l'impression que vous prenez
vraiment un sacré plaisir à faire de la musique…
Tant mieux si ça se voit! C'est ma vie!
Si vous ne pouviez pas faire de musique vous seriez une homme malheureux?
Peut-être aurais-je trouvé autre chose. Je pense que j'aurais écrit, que
j'aurais été un modeste poète tâchant de dire dans ses écrits ce que moi
j'essaye de dire dans ma musique.
Vous venez d'où, musicalement?
Ca c'est vraiment quelque chose d'énigmatique, parce que mes racines
familiales ne sont pas du tout musiciennes. Mais j'ai tout de même découvert la
musique ensemble avec ma famille en allant au concert, notamment au Festival
des Arcs, en Savoie.
Vos parents étaient donc mélomanes?
Il sont devenus mélomanes un tout petit peu avant moi, en découvrant la
musique aux Arcs justement. C'est une histoire finalement assez singulière, je
trouve ça drôle!
Quelle a été l'origine du choix de l'instrument chez vous?
C'était un choix naturel, instinctif presque. J'ai tout simplement voulu
faire du violon.
Récemment, Michèle Worms à écrit dans la 'Lettre du musicien' qu'il manque
à un ensemble non défini de jeunes musiciens une certaine culture générale pour
aborder un certain répertoire. Que répondez vous à un tel reproche qui vise
votre génération?
Je ne le prends pas du tout pour moi, mais je le prends pour toute une
génération de gens qui jouent très bien, mais qui n'ont pas vraiment fait assez
de musique de chambre pour avoir une culture générale à la hauteur de ce qu'ils
pensent faire avec leur instrument. Je ne pense à personne en particulier, je
pense à des groupes de gens qui ont peut-être pensé que le talent et la chance
feraient le reste. Prenez, en revanche, des violonistes comme Zehetmair, Kremer
ou Tetzlaff, ou des pianistes comme Zimmerman et Lupu, et on peut en citer
encore beaucoup: ce sont ces gens qui ont une éthique de leur répertoire, qui
ont une idée de ce qu'il faut faire ou non, qui ont conscience de leur art et
conscience de ce qui les entoure. C'est dans cette lignée de personnes que je
veux m'inscrire. Et si j'ai un rêve, ce serait qu'on puisse dire de moi, plus
tard, que je me suis accompli dans quelque chose qui était logique
Mais c'est vrai, pour revenir à votre question, beaucoup de choses
deviennent trop superficielles.
Cela commence avec la culture des
langues, et là je parle surtout des Français parce que je suis un jeune
Français. Combien de jeunes Français que je connais ne parlent pas un mot
d'anglais et ne veulent pas partir à l'étranger
. Mais ensuite ils disent: 'C'est
dégueulasse, je ne fais pas de carrière!'
Je suis désolé: il faut savoir ce qu'on
veut et il faut se donner les moyens pour le faire. Et si on me dit: 'T'as vraiment eu de la chance!', je réponds: 'Bien sûr,
on a tous plus ou moins de chance. Mais il y a surtout les moyens qu'on se
donne et le temps qu'on passe à travailler au lieu de passer des vacances, de
jouer au foot et d'aller se baigner à la plage pendant trois mois. Ce n'est pas
le cas pour tout le monde, mais il y en a qui font ça. Moi j'ai fait des
stages, j'ai rencontré des gens, j'allais au concert et je pense que je récolte
un peu les fruits que j'ai semé ces dix dernières années.